Entre 1970 et 1975, l'industrie sidérurgique européenne construit des hauts-fourneaux dimensionnés pour 180 millions de tonnes d'acier par an. La demande effective plafonne à 120 millions. L'écart n'est pas une erreur de prévision, c'est une contrainte imposée au futur.

Les coûts fixes du haut-fourneau ne distinguent pas le marché existant du marché inventé. En dessous du seuil, la faillite. Les aciéries ne peuvent pas attendre la demande : elles doivent en construire une.

L'automobile européenne des années 1980 consomme 40% d'acier en plus par véhicule que son équivalent japonais. Cette différence ne reflète ni une préférence esthétique ni une contrainte technique, elle absorbe la capacité sidérurgique surdimensionnée. Le châssis devient plus lourd parce que l'aciérie doit tourner.

L'infrastructure ne s'adapte pas au marché. Elle le convoque.

Doctrine

Ce que l'économie appelle marché est parfois la cicatrice d'une infrastructure. L'offre n'anticipe pas la demande, elle la prescrit, puis efface les traces de cette prescription.

Vecteur ouvert

Une armée sans guerre génère les conditions d'un conflit pour justifier son déploiement. Un appareil judiciaire surdimensionné produit de la criminalité définissable pour remplir ses tribunaux. Est-ce que toute institution dotée d'une capacité excédentaire génère structurellement l'objet qui la justifie, et si oui, à quel moment la menace cesse-t-elle d'être la cause de l'institution pour en devenir le produit ?

Références

H. Chevotet Researcher — Feldtheorie