Le poids d'un secret n'est pas dans ce qu'il contient. Lane et Wegner (1995) montrent que la charge cognitive de la suppression est indépendante de la complexité de l'information gardée. Un secret trivial pèse autant qu'un secret grave. Ce qui coûte, c'est l'acte de confiner, pas la chose confinée.
La physiologie le confirme. Slepian, Chun et Mason (2017) documentent que les individus portant un secret présentent une élévation mesurable du cortisol et une dégradation des fonctions exécutives proportionnelle non pas au contenu du secret mais à la fréquence des situations où le secret doit être activement maintenu. Pennebaker (1997) établit l'effet inverse : la divulgation produit une baisse du cortisol et une amélioration des marqueurs immunitaires. Le corps enregistre le gradient.
Shannon (1948) donne un cadre formel à cette observation. Une information confinée dans un seul nœud d'un réseau réduit l'entropie du système. Le théorème de Slepian-Wolf (D. Slepian et J. Wolf, 1973) montre que des sources corrélées se compriment mieux ensemble que séparément. Un secret brise cette corrélation. Le détenteur et le reste du réseau opèrent avec des modèles incompatibles de la réalité. Le coût de cette incompatibilité n'est pas métaphorique. Il se manifeste dans le corps de celui qui porte la charge.
Landauer (1961) établit que l'effacement d'un bit a un coût thermodynamique minimal de $kT \ln 2$ joules. Le maintien d'un bit sur un support stable ne coûte rien. Mais un secret n'est pas un bit sur un disque dur. C'est un bit dans un réseau d'agents qui cherchent activement à le découvrir. Le maintien du confinement contre la pression du réseau est un processus actif, dissipatif, continu. Le coût n'est pas celui du stockage. C'est celui de l'isolation.
Doctrine
Toute organisation qui confine de l'information dépense de l'énergie pour maintenir le gradient. La fuite n'est pas un accident. C'est la pente naturelle du système vers l'équilibre.
Vecteur ouvert
Si le confinement de l'information a un coût physique, alors la frontière entre ce qui est su et ce qui ne l'est pas est un front. Il sépare deux régions d'entropie différente. La question est de savoir s'il se propage, s'il laisse des traces, s'il a une géométrie.
