Le cours d'une action est la valeur actualisée de flux futurs attendus. Pas les flux réels. Pas les flux passés. Les flux que le marché anticipe. Le prix présent est une fonction du futur imaginé.
La formule d'actualisation des flux de trésorerie est un principe variationnel financier. Le prix $P$ d'un actif est donné par
où $E[CF_t]$ est le flux de trésorerie attendu à l'instant $t$ et $r$ le taux d'actualisation. Le prix présent est une somme pondérée de tous les futurs anticipés. Il n'est pas déterminé par le passé de l'entreprise. Il est déterminé par ce que le marché croit qu'elle deviendra.
Doctrine
Un prix est un futur comprimé dans un nombre. Il agit sur le présent avec la force d'un fait, alors qu'il n'est qu'une attente. Quand l'attente est suffisamment partagée, la distinction entre attente et fait disparaît.
Keynes (1936) nomme le mécanisme. Quand un nombre suffisant d'acteurs partage la même anticipation, l'anticipation modifie les comportements, les flux de capitaux, les décisions d'investissement, et finit par produire les conditions qu'elle anticipait. La prophétie autoréalisatrice n'est pas une pathologie du marché. C'est son mode de fonctionnement normal.
Soros (1987) en tire la conséquence : les participants au marché ne sont pas des observateurs passifs d'une réalité extérieure. Leurs perceptions modifient la réalité qu'ils perçoivent. Le prix n'est pas un reflet. C'est un acte. MacKenzie (2006) le confirme empiriquement : le modèle de Black-Scholes n'a pas décrit le marché des options. Il l'a créé. Les prix se sont conformés au modèle après son adoption, pas avant.
Merton (1948) avait posé la structure générale bien avant la finance. La prophétie autoréalisatrice est une définition fausse de la situation qui provoque un comportement nouveau, lequel rend vraie la conception initialement fausse. La causalité remonte de la croyance au fait.
Vecteur ouvert
Le futur anticipé contraint le présent. Le présent contraint produit le futur anticipé. La boucle ne se referme pas. Elle s'entretient.
Toute organisation qui publie des prévisions participe à la construction de ce qu'elle prétend prévoir. Toute spécification produit les conditions de sa propre réalisation. La question n'est pas de savoir si le futur agit sur le présent. En finance, c'est un fait comptable. La question est de savoir où s'arrête la finance et où commence la physique.
