En 1924, la Western Electric Company lance une série d'études dans son usine de Hawthorne, près de Chicago. L'objectif est de mesurer l'effet de l'éclairage sur la productivité. L'éclairage est augmenté. La productivité augmente. L'éclairage est diminué. La productivité augmente aussi. La variable indépendante n'explique rien. Ce qui agit, c'est la présence des observateurs. Les ouvrières savent qu'elles sont étudiées. La mesure a modifié ce qu'elle mesurait.

Goodhart (1975) en fait une loi : quand une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure. Le thermomètre altère la température du bain. Le sondage altère le vote. L'audit altère la performance.

Heisenberg (1927) formalise le cas limite. Mesurer la position d'une particule perturbe sa quantité de mouvement. La perturbation n'est pas un artefact technique. Elle est inscrite dans la structure de la théorie. Le produit des incertitudes a un plancher : $\Delta x \cdot \Delta p \geq \hbar/2$. En mécanique quantique, l'instrument et le système ne sont pas séparables. En sciences sociales non plus.

Doctrine

Observer n'est pas neutre. Ça ne l'a jamais été.

L'effet Hawthorne et le principe d'incertitude sont le même problème vu depuis deux étages différents du même bâtiment. La différence est que la physique l'a formalisé. Les sciences sociales l'ont constaté sans le formaliser. Ce n'est pas un défaut du protocole. C'est la structure de toute observation.

Vecteur ouvert

Chaque instrument de contrôle modifie le processus qu'il contrôle. Chaque rapport d'observation modifie ce qui sera observé ensuite. Chaque spécification modifie le processus qui la réalise.

La question n'est pas de savoir si la mesure perturbe. Elle perturbe toujours. La question est de savoir à partir de quel seuil la mesure produit plus de réalité qu'elle n'en enregistre. Et si ce seuil existe, de quel côté nous opérons.

Références

H. Chevotet Researcher — Feldtheorie