L'embargo pétrolier de 1973 transforme des décennies de recherche sur l'énergie solaire en investissements rentables. Les cellules photovoltaïques, développées par Bell Labs en 1954 puis adaptées pour les satellites, trouvent leur marché terrestre dans la crise. La pénurie révèle la valeur latente d'innovations qui attendaient leur moment économique.
La prévision d'une rareté future modifie les calculs de rentabilité présents. L'innovation ne répond pas à la demande existante, elle parie sur l'impossibilité à venir.
La crise déverrouille des réserves technologiques constituées dans l'attente d'un changement de contexte. Les laboratoires accumulent des solutions pour des problèmes qui n'ont pas encore leur urgence économique. La guerre froide finance la miniaturisation électronique pour l'armement ; l'ordinateur personnel hérite de ces investissements trente ans plus tard.
Chaque tiroir qui s'ouvre avait attendu vingt ans. Les batteries lithium-ion émergent dans les années 1990 quand l'électronique portable anticipe les limites du nickel-cadmium. L'innovation suit la projection de contraintes futures, pas leur manifestation présente.
Doctrine
La recherche accumule des solutions en attente de leurs problèmes économiques. L'innovation anticipe l'impossibilité plutôt qu'elle ne répond à la demande.
Vecteur ouvert
Si l'innovation anticipe systématiquement ses obstacles, que devient l'innovation qui arrive trop tôt ? Existe-t-il des technologies qui ratent définitivement leur fenêtre d'activation et deviennent obsolètes avant d'avoir été utilisées ?
